La psychologie de la perception appliquée au mentalisme

1) Selon vous, quels facteurs influencent le plus notre perception ?

Il faut déjà prendre conscience que notre perception est limité. Notre attention est sélective et ne peut se concentrer que sur une seule chose à la fois. C’est un principe de détournement d’attention bien connu des magiciens et des pickpockets.

Ce qui nous influence le plus ce sont nos habitudes, nos raccourcis de décisions. Face à un environnement complexe nous devons prendre des décisions rapides sans forcément avoir tous les paramètres objectifs pour décider. Dans le cadre d’un achat on ne sait jamais vraiment objectivement si un objet est de qualité, de bon goût, ou au bon prix.

On fait donc appel à différent processus de décision qui sont le fruit de notre histoire personnelle. Parmi ces processus de décision on peut citer, le conformisme social, le principe de réciprocité, la soumission à l’autorité ou le principe de rareté.

 

Le plus intéressant ce sont surement les facteurs qui n’influent pas consciemment notre perception et qui ont cependant un impact réel.

Par exemple les scientifiques ont mis en évidence un aveuglement perceptuel au changement continue et progressif.

C’est ce changement « imperceptible » et ses dangers qu’illustre la parabole de la grenouille qui meurt ébouillantée sans s’en rendre compte, dans une casserole d’eau qui devient progressivement brulante.

 

 

2) Quel rôle joue la perception dans le métier de mentaliste ?
Mon orientation actuelle en tant que mentaliste est de percevoir la personnalité des spectateurs dans leur singularité.

Notre personnalité n’est-elle qu’un masque social que l’on porte ?

Dans cette tentative de perception de la personnalité je pars des caractéristiques fondamentales : jovial, extraverti, timide, nerveux… J’observe ces caractéristiques le plus finement possible.  Mais j’essaye ensuite d’aller au-delà De ressentir la vraie personnaliste au-delà du masque. Ce qui nécessite une approche plus empathique que technique.

Comment la perception qu’autrui a de moi construit elle ma personnalité unique ? Et au final notre identité n’est-elle qu’une illusion ? C’est toute la problématique de mon spectacle actuel.

 

3) Avez-vous des aptitudes particulières pour exercer votre métier, ou est-ce plus une question de pratique, d’entraînement ?

C’est toujours difficile de déterminer quelle est la part d’inné et d’acquis dans une aptitude. Surtout lorsqu’elle touche au domaine artistique ou à celui des sciences humaines

Ce que je peux dire c’est que ce que je fais n’est rien de surnaturel ou de paranormal et que cela demande de s’intéresser à des domaines très variés. (Philosophie, psychologie, magie, hypnose, voyance, PNL…)

Pour atteindre un bon niveau, outre le travail  il faut probablement avoir des facilités ou au moins une très forte motivation intérieure.

Ou dit autrement : avoir des  facilités qui s’épanouissent dans un contexte de travail volontairement choisi.

 

4) Quel est le rôle de l'émotion dans la perception ?

L’émotion est la chose la plus difficile à interpréter. Même pour un mentaliste

Une personne accusée d’un délit est-elle nerveuse parce qu’elle est coupable et qu’elle a peur que son mensonge soit découvert ?  Ou bien est-ce simplement un stress dû à la situation inconfortable d’être questionnée et peut-être jugée coupable à tort par son interlocuteur.

 

Sa propre émotion est également source d’erreur. Nous savons tous qu’il est beaucoup plus simple de conseiller un ami que de prendre soit même des décisions quand nous sommes dans une situation comparable. Aussi bien sur le plan affectif que professionnel.

 

Notre émotion tend à brouiller notre objectivité. Par exemple lorsque nous prenons une décision, nous devons l’assumer et cette « responsabilité » peut  occasionner une forme de peur qui brouille notre jugement au moment de la prise de décision.

 

Cela étant dit, l’émotion reste une source d’information majeure sur notre interlocuteur. Pour bien la comprendre le mieux est d’essayer le ressentir avec empathie et bienveillance, sans être dans le jugement. Cela permet de comprendre son interlocuteur non plus comme un objet mais comme un sujet.

 

5) A votre avis, pourquoi dit-on que la « perception client » est LA réalité ? 

Parce qu’au final c’est lui qui décide. A quoi sert d’avoir le meilleur produit ou service, si personne n’en a conscience ?

 

6) En tant que client, avez-vous l'impression que les marques connaissent bien/exploitent la perception de leurs clients ?

Les publicitaires ont appris à intégrer les différents modes de perceptions de façon très efficace. Dans le service client la gestion de la frustration ressentie est à mon avis un des plus important challenge à relever.

 

7) Quelle est la meilleure expérience que vous-ayez jamais vécue en tant que client ? Pourquoi ?

Une anecdote personnelle m’a fait prendre conscience de l’importance de l’expérience client.

Je joue mon spectacle depuis quelques années et j’ai récemment changé de théâtre.  En quelques semaines les commentaires des spectateurs se sont améliorés et les notes données sur les sites tels que BilletReduc sont devenues (encore) meilleures.

Le spectacle etant sensiblement le même je me suis interrogé sur ce qui avait pu avoir cet effet positif.

Les 2 théâtres sont assez similaires en taille, localisation géographique et globalement d’un « standing similaire ».

La seule différence notable est l’endroit où les spectateurs patientent avant d’entrer en salle.

Dans l’un ils attendaient dehors, et donc parfois dans le froid, dans l’autre dans un bar de théâtre extrêmement chaleureux.

Cette seule différence fait que les spectateurs entrent dans la salle dans un état d’esprit plus ou moins chaleureux, au sens propre du terme.

Et que cette différence de température chez le spectateur, engage le spectacle dans une voie plus ou moins positive.

Cette anecdote m’a rapellé

Le proverbe populaire « Tu n’as qu’une seule chance de faire une bonne première impression »

Mais également l’Expérience menée par John Bargh en 1996

Une rencontre est organisée avec un comédien jouant le rôle d'un candidat dans un entretien d'embauche,

Les sujets de l'expérience vont joueur le rôle de recruteurs.

Dans la salle d'attente on donne aux sujets une boisson chaude  ou glacée qu'il doivent tenir dans la main le temps qu'on leur pose quelques questions.

Ensuite ils entrent dans la pièce ou se trouve le candidat (le comédien)

Après l'entrevue, on leur a demandé s'ils seraient prêts à recruter la personnes qu'ils ont rencontrée.

Lorsque les sujets avaient tenu une boisson chaude le taux de recrutement est plus élevé que lorsqu’ils ont tenu une boisson glacé. Cela s'explique par le fait que la discussion s'est "amorcée" de façon plus chaleureuse

 

8) Un petit secret de mentaliste à nous transmettre : à quels signaux les entreprises, et les employés en contact avec les clients, devraient prêter attention pour améliorer la satisfaction de leurs clients ?

Pour améliorer la communication avec son interlocuteur je conseille souvent d’utiliser un principe de PNL appelé « synchronisation ». Cette synchronisation peut se placer à trois différents niveaux.

 

Le verbal : le type de langage utilisé, la complexité des structure grammaticales

Le para verbal : le volume, le rythme et la fréquence  des paroles

Le non verbal : la position du corps, les expressions du visage et le rythme des respirations.